Chapitre 16

Cerie tenta de s’agiter sans bruit sur son trône molletonné, mais même le léger froissement de sa robe contre les coussins brodés fit tressaillir Rebeke. Cerie s’immobilisa en se maudissant pour avoir dérangé la concentration de l’autre Ventchanteuse. S’étant elle aussi vue remettre un œuf de parole, elle savait à quel point ceux-ci intensifiaient douloureusement toutes les perceptions de leurs utilisatrices. Elle soupira sans bruit en reprenant sa position de sentinelle.

Elle avait donné des ordres à ses consœurs Ventchanteuses afin qu’elles ne soient pas dérangées, même si la pire des crises s’annonçait, tant que Cerie elle-même ne se rendait pas à la porte pour donner de nouvelles instructions. Tous les domestiques avaient été renvoyés et les leçons du jour annulées. La pièce paraissait vide sans la présence de ses élèves en robes blanches. Des tapisseries à moitié terminées pendaient des métiers à tisser abandonnés. Des livres étaient empilés en tas négligés sur les longues tables à tréteaux. Manquait également le groupe des petites chanteuses en blanc habituellement blotties à ses pieds pour recevoir lettres et notes et effectuer des courses pour elle. Elle regrettait cette interruption dans leur routine mais c’était nécessaire. Ou en tout cas c’était ce qu’avait dit Rebeke, et Cerie avait toute raison de la croire. Mais même ainsi... Elle tenta en vain de déglutir la boule de malaise qui s’était installée dans sa gorge. Si elles se faisaient prendre ; si quelqu’un apprenait un jour qu’elle avait prêté à une autre l’œuf de parole qu’on lui avait confié ; si Rebeke se révélait malhabile ou peu douée et endommageait le petit organisme sensible... Cerie ferma les yeux en s’efforçant de dissiper ces visions de désastre. S’inquiéter ainsi ne lui servait à rien. Le Haut Conseil allait savoir qu’elle s’était enfermée en privé avec Rebeke pendant une longue partie de la journée : cela allait lui valoir suffisamment de ressentiment et de questions sans qu’elle ait besoin d’y ajouter d’autres soucis.

Elle ouvrit les yeux. Un seul regard à Rebeke, et le doute vint dévorer sa résolution comme de l’acide. Rebeke ne se tenait plus droite sur son coussin, l’œuf pressé contre son front. Elle s’était affaissée, sa haute tête enturbannée tellement penchée en avant qu’elle touchait presque le sol. Le tissu bleu de sa robe était humide et Cerie percevait les effluves musqués de sa transpiration. Le plateau de vin et de nourriture dont Rebeke aurait besoin en sortant de sa transe était toujours à côté d’elle, intact. Cerie tenta de se rappeler si elle avait déjà entendu parler d’une Ventchanteuse restant en transe aussi longtemps. Cela réclamait un effort de volonté comparable au fait de tenir une lame aussi aiguisée qu’un rasoir tandis que quelqu’un cherchait à vous l’arracher. Mais l’utilisation de l’œuf demandait plus que de savoir résister à la douleur. On devait avoir assez de volonté pour l’ignorer et commander l’œuf, lui ordonner d’accomplir ce que l’on désirait de lui. Il fallait un long entraînement pour y parvenir. Rebeke disait avoir pu s’entraîner elle-même à partir des anciens écrits des Ventchanteuses. Cerie s’interrogeait. Peut-être Rebeke était-elle assise perdue devant elle, son esprit arraché hors de son corps par les actions de l’œuf, emporté dans un endroit lointain dont il ne reviendrait jamais. Cela s’était déjà produit par le passé. Il existait un lieu spécial aménagé par le Haut Conseil pour ces Ventchanteuses : elles y restaient assises en l’honneur des services rendus, incapables de parler, de voir, ni vivante ni morte. Rebeke ferait tache au milieu d’elles.

Le cœur de Cerie se mit à battre plus vite tandis qu’elle se demandait si Rebeke était déjà perdue. Mais le simple fait de la toucher ou même de lui parler aurait à coup sûr brisé sa concentration et laissé l’œuf l’emporter sur elle. Cerie restait donc immobile, les mains jointes, tendues.

Un son retentit, celui d’une respiration gargouillante et difficile. Rebeke glissa sur le côté comme une masse informe et Cerie bondit sur ses pieds. Mais alors même qu’elle s’écroulait, Rebeke tendit la main pour reposer l’œuf à sa place sur son coussin protecteur. Cerie entendit le léger sifflement qu’il produisit en touchant la soie et vit une vrille de fumée presque incolore s’en élever. Poussant un soupir de soulagement, elle s’agenouilla auprès de Rebeke et s’empara du pot d’onguent de soin qui apaiserait les brûlures causées par l’usage des œufs. Rebeke, mollement étendue à terre, laissa Cerie étaler l’onguent sur ses mains pleines de cloques ainsi que sur la marque circulaire qui était apparue sur son front.

— Du vin ? proposa Cerie.

Rebeke bâtit légèrement des paupières. Cerie lui souleva doucement la tête et porta la coupe aux lèvres de la Ventchanteuse. Rebeke prit deux gorgées minuscules, hésitantes, avant que ses mains meurtries ne se saisissent soudain de la coupe. Elle la vida d’un trait en ignorant la douleur. Ses yeux s’ouvrirent et ses doigts tremblants s’emparèrent de la nourriture posée sur le plateau. Elle enfourna les gâteaux dans sa large bouche en déglutissant comme une harpie en train de se nourrir. Cerie détourna la tête. Cela ne la dégoûtait pas. Elle-même était trop souvent sortie de la transe pour découvrir son corps affaibli, en proie à une faim dévorante. Avant même que Rebeke n’ait terminé, elle s’avança vers une autre table et ramena avec elle un grand bol de fruits ainsi qu’une bassine d’eau parfumée dans laquelle trempait une petite serviette.

Rebeke ne dit mot tandis qu’elle nettoyait ses mains et épongeait son visage. Mais elle poussa un soupir en s’emparant d’un fruit et ses yeux rencontrèrent enfin ceux de Cerie.

— Je leur ai parlé.

Le triomphe le disputait à l’épuisement dans sa voix. Et autre chose ; une émotion impossible à identifier qui attisait les craintes de Cerie.

— Avez-vous réussi à conclure un accord ? demanda-t-elle.

— Non.

Rebeke se resservit du vin.

— Ou peut-être devrais-je dire « pas encore ». J’espère ne pas leur avoir laissé grand choix.

— Racontez.

Cerie se versa à son tour du vin. Elle aurait aimé reprendre sa place sur son trône garni de coussins mais Rebeke était toujours assise sur le tapis.

— Tout a plutôt bien commencé. Ils se montrent très courtois, presque pompeux. Ils ont été surpris de m’entendre. Yoleth leur avait affirmé être la seule Ventchanteuse assez puissante pour leur parler. Ils étaient très prudents à mon égard. Je leur ai dit qu’il y avait eu une terrible erreur, que nous souhaitions le retour de Ki et de Vandien et que nous allions leur rendre les deux personnes venues de leur monde. Le Limbreth a poliment expliqué que cela n’était pas possible.

Rebeke hésita un instant avant de reprendre.

— Converser avec eux est difficile. Il y avait une telle impression de s’adresser à un grand nombre d’individus réunis en un seul que je ne savais pas si j’avais affaire à un esprit ou à plusieurs. Très déconcertant. Dites-moi, Yoleth a-t-elle mentionné quoi que ce soit au Haut Conseil à propos d’une gemme d’appel ? Le Limbreth a affirmé lui en avoir remis une comme touche finale à leur accord.

Les yeux de Cerie s’étrécirent.

— Voilà peut-être ce qui explique la satisfaction secrète qui brille dans ses yeux ces derniers temps. Que fait cet objet ?

— Je l’ignore. Le Limbreth l’utilise par le biais d’un Gardien pour appeler des gens vers son monde ou pour convoquer des habitants de son univers à son service. Il a affirmé n’avoir aucune idée de l’usage que Yoleth voulait en faire. Elle l’a réclamée et l’a obtenue.

— Ainsi le vent de Yoleth souffle plus fort cette fois. Je suis navrée, Rebeke.

— Yoleth n’a rien gagné du tout, siffla Rebeke. Je n’allais pas abandonner aussi facilement. Je leur ai demandé ce qu’il était possible de faire, au vu de la situation. Ils ont rapidement proposé Vandien et une Brurjan en échange des deux membres de leur peuple ou de deux autres personnes dont j’aimerais me débarrasser. J’ai eu l’impression très nette que Vandien s’était rendu plutôt nuisible là-bas. Je ne sais rien de la Brurjan, si ce n’est qu’elle ne leur est d’aucune utilité, inadaptée qu’elle est à leurs visions et dotée qui plus est d’un méchant tempérament.

— Je n’ai rien entendu dire au sujet d’une Brurjan envoyée de l’autre côté.

Rebeke eut un sourire amer.

— Je m’interroge sur l’ampleur de ce que Yoleth a pu faire sans que le Haut Conseil en soit informé.

— Avez-vous donné votre accord pour l’échange qu’ils ont proposé ?

— Certainement pas. Si Vandien les dérange, c’est d’autant mieux. Cela pourra les inciter à conclure un accord. Je leur ai dit que sans Ki, il n’y aurait aucun échange. Je les ai priés de me demander les présents de leur choix qui rendraient un accord possible. Ils ont catégoriquement refusé.

Rebeke braqua ses yeux étranges sur Cerie.

— L’envoi de Ki par-delà la porte a eu un effet secondaire que Yoleth n’avait pas vraiment prévu dans son plan. Le Limbreth est particulièrement satisfait de Ki. Ses contacts avec les humains ont été plutôt limités par le passé. Qui peut dire à quand remonte l’utilisation précédente de cette porte ? Les Limbreth ont dû se contenter de ce qu’on leur offrait ; des gens plutôt ordinaires, quoique crapuleux. Mais ils ont trouvé quelque chose d’exceptionnel chez Ki, et ils ne veulent pas nous la rendre. Vous devinez ce qui les intrigue tant à son sujet ? demanda-t-elle avec un sourire ironique.

— Je suis sûre de ne pas en être capable. Je n’arrive pas à imaginer quelqu’un de plus ordinaire qu’elle.

Cerie but une gorgée de son vin.

— En surface, oui. Mais si elle était réellement si ordinaire, Yoleth ne l’aurait jamais forcée à emprunter la porte. Le Limbreth sent en elle l’aura d’une Ventchanteuse et se réjouit de sa sensibilité inconsciente au réseau de vie et de pouvoir qui l’entoure. Le Limbreth a hâte de consumer une Ventchanteuse.

Rebeke se tut et Cerie parut de plus en plus mal à l’aise.

— Rebeke, demanda-t-elle, pourquoi ne pas abandonner cette affaire ? La conductrice Romni et son homme méritent-ils autant d’efforts ? Montrez votre mécontentement au Haut Conseil d’une autre manière. Empêchez-les d’accéder à la relique. Attirez les vents loin d’elles. Envoyez un vent meurtrier tuer les paysans sur leurs terres.

— Non ! refusa Rebeke avec véhémence. Cela ne leur apprendrait rien. Elles savent déjà que s’en prendre à moi, c’est s’attirer mon inimitié. Ce qu’elles doivent à présent apprendre, c’est qu’elles ne peuvent pas s’opposer à moi, ne peuvent s’opposer à ma volonté en aucune circonstance. J’ai dit que la conductrice Romni serait autorisée à se déplacer librement, et ce sera le cas. Ki va être rendue à ce monde. Elles vont apprendre ce qu’est le pouvoir d’une véritable Ventchanteuse.

La puissance et la majesté avaient enflé dans sa voix jusqu’à remplir la pièce entière. Le vent s’élevait en ondes concentriques depuis le sol même, faisant voleter les robes des deux chanteuses. Rebeke haleta pendant quelques instants puis prit une profonde inspiration, ravalant par là même sa colère.

— Je suis désolée, Cerie. Je ne devrais pas me décharger de ma colère sur vous, vous qui m’avez offert bien plus qu’un œuf et un endroit pour l’utiliser. Je sais ce que le Conseil dira de notre consultation. Je sais qu’elles vous traiteront durement. Mais soyez assurée d’avoir fait le bon choix. Ma cape s’étendra au-dessus de vous et mes vents assureront vos arrières lorsque je me serai pleinement réalisée.

— Je vous crois, Ventchanteuse.

Mais cependant, la foi que Cerie plaçait en Rebeke ne lui apportait qu’un soulagement minime.

— Mais vous dites que Ki va nous être rendue. Comment ?

Rebeke la jaugea attentivement. Lorsqu’elle parla, elle s’exprima d’une voix très calme.

— Je les ai menacés. Je leur ai tout d’abord dit qu’ils pouvaient fixer le prix du retour de Ki. Ils n’ont rien voulu savoir. Je leur ai alors annoncé qu’ils allaient nous rendre Ki et Vandien, sans quoi ils devraient payer le prix que j’avais fixé. J’ai menacé de porter l’affaire devant les Rassembleurs.

Si Rebeke avait suggéré de se rendre sur la lune, l’expression de Cerie n’aura pas été plus incrédule.

— Ils vont deviner que c’est une menace en l’air. C’est impossible.

— Non, ça ne l’est pas. Je pourrais le faire et je le ferai si nécessaire. J’ai en effet découvert qu’un œuf de parole offre plus de possibilités que nous ne le pensions. L’étendue de ses capacités m’a été suggérée lorsque j’ai émis le souhait de contacter le Limbreth et à présent, je suis sûre que les affirmations de ma source étaient exactes. Je pourrais donc bien informer les Rassembleurs de l’existence des portes créées par le Limbreth.

— Et nous ? Croyez-vous que nous nous en sortirions sans dommages ?

Le contrôle que Cerie exerçait sur sa voie était entaché par une note un peu trop aiguë.

— Non. Je ne crois pas. Mais c’est un risque que je suis prête à prendre, tout comme Yoleth nous a fait courir des risques à toutes lorsqu’elle a aidé à ouvrir la porte. Je ne peux pas laisser passer une telle chose. Je ne peux pas laisser Yoleth penser que je n’oserai pas aller aussi loin qu’elle. Elle... Non, en fait, le Conseil tout entier doit me croire aussi impitoyable qu’elle. Qu’elles me respectent pour le danger que je peux représenter, si ce n’est pour mes talents.

— Et en attendant, nous serons toutes menacées.

La colère le disputait à la peur dans la voix de Cerie et Rebeke posa une main amicale sur son épaule.

— Cela ne sera pas long. J’ai insisté pour que le Limbreth se décide rapidement : je lui ai donné trois de nos journées. Il s’est gaussé de moi, évidemment. Je me suis entendu dire que je méjugeais de l’importance de mon monde autant que de mon importance si je croyais que les Rassembleurs allaient intervenir. Mais, juste après, il affirmait qu’aucun échange n’était possible du fait de l’état de la porte. Ils ont dit avoir peur de l’utiliser. Je crois comprendre qu’ils l’ont trop souvent ouverte au même endroit et que Vandien l’a déchirée lorsqu’il est passé à travers. Ce qu’il en reste ressemble à une vieille blessure qui s’est rouverte, épaisse de tissu cicatriciel. Mais je pense qu’ils pourront l’ouvrir une nouvelle fois. Ma volonté est forte et je pourrai les aider plus que nul autre ne l’a jamais fait lors de l’ouverture d’une porte. Nous pourrons l’ouvrir, même si c’est pour la dernière fois. En fait, cela me convient. Je peux conclure cet accord forcé, mais je ne veux pas courir le risque qu’il y en ait d’autres ensuite. Je n’aime pas l’idée d’un Limbreth ayant pris goût aux Ventchanteuses. Que la porte entre nos mondes guérisse et cicatrise de manière permanente. Cela ne me gênerait pas le moins du monde.

Rebeke leva son verre de vin et le vida avant de le remplir à nouveau et de continuer à boire.

— Je suis toujours affaiblie, Cerie. Et je m’interroge : ai-je le courage et la volonté nécessaires pour un tel affrontement ? Plus je m’en approche, plus je me pose des questions. Je suis persuadée qu’une Ventchanteuse devrait être au-dessus de ce genre de grenouillages. Mais je ne suis pas encore une Ventchanteuse pleine et entière. Je peux attribuer certaines de mes faiblesses au fait que j’ai commencé tardivement mon apprentissage et d’autres à mes fréquentations de jeunesse. Mais je blâmerai essentiellement l’époque où nous vivons. Peut-être qu’en me montrant intraitable, j’arriverai à créer un monde et une ère où les Ventchanteuses seront tout ce qu’elles doivent être. Peut-être que ces filles qui portent aujourd’hui le blanc et débitent par cœur leurs platitudes diront un jour :

— Rebeke, c’était une vieille mégère déplaisante, mais aussi la première vraie Ventchanteuse depuis bien longtemps !

Elle parlait d’une voix légère, moqueuse, mais Cerie ne sourit pas. Elle pressa ses mains l’une contre l’autre à l’intérieur de ses manches pour calmer leurs tremblements et opina.

— Nous vivons effectivement une époque terrifiante.

La porte du Limbreth
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